Travail effectué dans le cadre du Master MEFF 1 Documentation de l’ESPE d’Angers.

Présentation et/ou définition(s)

La notion de « silicolonisation du monde » selon le philosophe Eric Sadin correspond à la diffusion d’une doxa techno-libertarienne qui, dissimulée derrière une image de contre-culture et de services rendus à l’humanité par la libération de l’individu, prépare une organisation automatisée de la société (« volonté de toute puissance »), la marchandisation intégrale de la vie (« enrichissement perpétuel ») et le dépassement de la condition humaine (« déni de l’imprévisibilité du réel et de la mort »).

Contextualisation (sociologique, historique, etc.) et enjeux

La Silicon Valley tire son nom du silicium, matière première des puces électroniques. De cette région située au sud de la baie de San Francisco, est née une nouvelle idéologie, une nouvelle vision du monde en passe de le coloniser.

Tout commence dans les années 30, avec la concentration autour des Universités de Stanford et de Berkeley de centres de recherche scientifique militaire et civile. Hewlett et Packard, ingénieurs en électronique diplômés de Stanford inventent un oscillateur audio et le « mythe du garage » en fondant leur entreprise en 1939 à Palo Alto.

Dans les années 60, la baie de San Francisco est un des foyers d’une contre-culture hétérogène qui développe une rhétorique de l’émancipation individuelle. Si le « soufflé utopique » semble tombé au début des années 70, certains continuent à voir le développement de l’informatique personnelle comme moteur d’autonomie et d’émancipation individuelle, ou comme vecteur de néguentropie (Norbert Wiener) et de réalisation du « village global » (Marshall Mac Luhan).

Le succès n’arrive vraiment qu’avec le développement mondial d’Internet et du Web (milieu des années 90) qui fait entrée la société dans l’ère de l’information, mais au début de l’année 2000, la bulle spéculative liée au web éclate. Il faut ensuite attendre 2007 et l’invention du smartphone pour qu’un « nouvel ouest » s’ouvre, celui de « l’accompagnement algorithmique » de la vie, avec les données comme matière première illimitée.

Développement des thèses principales

Pour Eric Sadin, la numérisation du monde (d’abord des savoirs, puis des objets et des individus) donne vie au rêve de la croissance économique illimitée. La technologie réalise des miracles et l’intelligence artificielle va résoudre tous les problèmes de l’humanité : une prophétie dont la politique s’empare à cœur joie.

Mais cela implique un glissement de paradigme de l’humanisme vers la « technolibertarisme » qui, selon l’auteur, est philosophiquement contestable car ce nouveau paradigme est porteur de « psychopathologies » : perturbation des capacités cognitives humaines à cause de l’infobésité, de l’assistance continue (« Jarvisisation » du nom de l’IA du personnage d’Iron Man) et de l’éloge de la disruption au détriment de la réflexion profonde.

C’est aussi une menace à l’échelle de la société : un « soft-totalitarisme », lié à la mesure et la prise de décision par des algorithmes, qui est déjà en marche (finance, voitures autonomes, smart grid etc.).

Critique(s) ou discussion (points à développer, en suspens…)

Comme le dit Bernard Stiegler, le numérique est un pharmakon, c’est à dire à la fois un poison et un remède. Pour que le remède prenne le pas sur le poison il faudrait, selon l’auteur, réintroduire des limites à cette idéologie de l’exponentiel et refonder l’humanisme sur l’enrichissement du bien commun.

Pour développer sur la déconstruction du numérique comme nouveau messie, notamment dans le cadre de l’apprentissage et de la cognition, on peut se référer à André Tricot dans Apprendre avec le numérique.

Pour développer sur la réhumanisation de l’automatisation, on peut se référer à Bernard Stiegler dans La toile que nous voulons : le web néguentropique.

 

Bibliographie :

 

SADIN, Eric. Grand Angle: La silicolonisation du monde… [vidéo en ligne] TV5 Monde, Youtube, 20/11/2016, 12min. Disponible sur : https://www.youtube.com/watch?v=7XwIAhNBEvE [consultée le 10/12/2017]

 

FERAUD, Jean-Christophe. Eric Sadin : «L’anarcho-libéralisme numérique n’est plus tolérable». In Libération. [en ligne]. Disponible sur : http://www.liberation.fr/futurs/2016/10/20/eric-sadin-l-anarcho-liberalisme-numerique-n-est-plus-tolerable_1523257 [Page consultée le 10/12/2017]

 

TREMOLET DE VILLERS, Vincent. Eric Sadin : La silicolonisation du monde nous mènera du rêve au cauchemar. In Figaro Vox. [en ligne]. Disponible sur :

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2017/01/06/31001-20170106ARTFIG00338-eric-sadin-la-silicolonisation-du-monde-nous-menera-du-reve-au-cauchemar.php [Page consultée le 10/12/2017]

 

 

 

 

 

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